| Crème baumée "Les pieds dans l'eau" |
Au bonheur des algues : 2 ème épisode
| phycocolloïde |
Le cahier des charges était donc très clair.
Pour un premier essai d'émulsion avec le phycocolloïde, j'ai conçu volontairement cette crème de manière simple et avec peu d'ajouts, mais j'ai rajouté une deuxième version plus pointue en fin d'article.
L'idée était surtout d'évaluer la qualité de l'émulsion obtenue en introduisant le phycocolloïde dans la phase aqueuse. Et comme je ne fais pas les choses à moitié, j'ai même choisi de remplacer (presque) totalement l'eau par le gel de laminaires.
En émulsifiant, j'ai choisi la cire d'abeille, normalement dosée et je l'ai accompagnée d'un soupçon de glycéryl stéarate. L'association des deux me semblait idéale pour une émulsion à mi-chemin entre le baume et la crème et pour laquelle je souhaitais la finesse des esters.
Autant le dire tout de suite, le résultat confirme mes premières impressions : le phycocolloïde de digitata saccharina est un ingrédient qui apporte un vrai plus cosmétique.
Non seulement il se comporte en actif hydratant à part entière, mais il apporte une finesse incomparable et beaucoup de glissant à l'émulsion. Il agit comme un silicone, mais à l'immense différence près, qu'il se substitue non pas aux gras mais à l'eau. Du coup, on a l'impression de gagner sur les deux tableaux : plaisir d'une texture siliconée tout en conservant les bienfaits des huiles et beurres végétaux et de leurs acides gras, tout en neutralisant fortement l'effet gras sur la peau.
L'autre avantage intéressant, dont j'ai un peu parlé dans mon précédent article, c'est le pouvoir épaississant important qui permet de travailler avec un complexe émulsifiant réduit, y compris avec la cire d'abeille. Pour un résultat 100% sans trace blanche. J'ai travaillé ici avec la version fluide du phycocolloïde, mais je rappelle que plus on a au départ un gel épais et plus le pouvoir épaississant est fort. On peut donc jouer sur la texture grâce au type de gel, voire même doser finement plusieurs gels pour moduler l'effet final.
Mais passons à la formule de la crème baumée
Huiles et beurres 25%
-5,5 HV son de riz
-5,5 HV olive macérée au cyclamen de Naples (de mon jardin des Pouilles)
-5,5 HV coco fractionné
-5 beurre de kokum
-2 IPP
-1,5 beurre de cacao
Emulsifiants et cires 9%
-7,5 cire d'abeille jaune
-1,5 VE
Eaux 62%
-60 phycocolloïde (version fluide)
-2 HA de criste marine (maison)
Ajouts à froid 4,1%
-2 protéines de la mer
-0,5 cosgard
-0,1 mini pointe de gomme konjac dans glycérine
-1 pointe de spiruline
-0,5 % Parfum 15 gouttes (pour 50 gr de produit fini) réparties entre menthe poivrée, romarin, criste marine, lavande sauvage, ciste ladanifère.
J'ai fait ce choix de synergie olfactive tant pour le côté frais du parfum que pour les vertus asseptisantes et cicatrisantes (en particulier le ciste) des HE.
C'est clairement l'association ciste-menthe qui l'emporte en laissant sur la peau une vraie sensation de frais et pur. Parfait après le gommage-peeling circulatoire et réchauffant (je trouve les baies roses extrêmement puissantes.
Côté couleur, je trouvais le blanc-crème obtenu pas assez glamour et j'ai donc choisi de colorer la crème d'un peu de chlorophylle. Couleur qui s'associe parfaitement au parfum baumé-mentholé mais également au concept "soin aux algues". Il faudra que j'essaie avec des huiles très chargées en caroténoïdes pour voir si cela donne un résultat acceptable. Sinon, je serai obligée de décliner toute ma gamme "algues" en vert.
Mode opératoire : chauffer huiles, beurres et cires au BM sans besoin de trop monter la température. Incorporer le phycocolloïde (froid) dans les huiles chaudes au BM. Bien mélanger à chaud pendant plusieurs minutes. J'ai rajouté un tout petit peu d'hydrolat pour fluidifier très légèrement lors des premières secondes de chauffe.
Continuer de mélanger hors du feu à température ambiante jusqu'à ce que l'émulsion ait une consistance bien lisse et que la température ait baissé.
Incorporer les ajouts à froid un à un.
Verser rapidement en pots car l'émulsion va épaissir fortement.
Après 24 heures de repos au frais, on obtient une texture entre beurre et baume, dense mais souple, qui m'a un peu fait penser à mon premier test avec l'émulsifiant @pimulse.
Sur les pieds, le soin est très vite absorbé sans laisser de film gras. Sans laisser de trace blanche et ça j'adore.
Evidemment, on peut parfaitement utiliser la crème baumée pour les mains qui l'apprécient tout autant.
Continuant à jouer les lolitamouses de laboratoire, je l'ai même testée sur le visage. Elle est trop riche pour ma peau mixte, mais moyennant quelques aménagements, je suis sûre qu'elle pourrait convenir à certaines peaux gourmandes.
Focus sur la composition en huiles et beurres
kokum densité 0,900 à 0,930 - Acides gras essentiels poly-insaturés (AGPI ou AGE) ou vitamine F : acide linoléique (oméga-6) (2.15%)
Acides gras mono-insaturés (AGMI) : acide oléique (oméga-9) (36.08%)Acides gras saturés (AGS) : acide palmitique (20.66%), acide stéarique (35.38%)
Le beurre de kokum, à l'instar de son cousin le beurre de karité est émollient ; il fond bien sur la peau et est facilement absorbé sans laisser de film gras. Un beurre que j'apprécie vraiment beaucoup en cosmétique. Mon autre chouchou étant le nilotica, beaucoup plus onctueux mais mes stocks sont à sec ! Du coup j'ai développé une technique pour faire un substitut de nilotica maison (je parle de la texture et de l'onctuosité sur la peau) : on mélange au choix, huile de macadamia ou huile de jojoba avec du kokum, 50/50 ou à moduler selon la dureté préférée et on l'utilse de la même manière que le nilotica. C'est un régal pur sur la peau !
son de riz densité 0,915 à 0,925 - Acides gras essentiels poly-insaturés (AGPI ou AGE) ou vitamine F : acide linoléique (oméga-6) (33.6%)
Acides gras mono-insaturés (AGMI) : acide oléique (oméga-9) (41.2%)
Acides gras saturés (AGS) : acide palmitique (18.8%), acide stéarique (2.1%)
Autres constituants actifs :
Gamma-oryzanol, acide férulique : ces deux composants appartiennent à la famille des "oryzanols", composés phénoliques présents dans les matières grasses du riz (notamment du son de riz). Reconnus pour leurs effets bénéfiques sur la santé, ils le sont également sur votre peau. En effet, ces deux actifs donnent à l'huile végétale de Son de riz Bio une très forte activité anti-oxydante. Ils sont considérés comme dix fois plus antioxydants que la vitamine E...
Vitamine E : antioxydant naturelPhytostérols : action cicatrisante et réparatrice. Ils réduisent également les inflammations.
Caroténoïdes : béta-carotène (pro-vitamine A), alpha-carotène, lycopène : effet bonne mine, anti-oxydants naturels
Des enzymes (co-enzyme Q10, glulathione peroxydase, méthionine réductase, polyphénol oxydase, isoenzymes...) : action anti-âge. Ils protègent du vieillissement de la peau induit notamment par les radicaux libres.
Sels minéraux : calcium, potassium, magnésium, phosphore, fer, zinc, cuivre...
Inutile que j'insiste sur les raisons qui me font apprécier l'huile de son de riz, que je réserve habituellement aux soins des zones délicates telles que le contour de l'oeil ou le décolleté. C'est dire si j'ai décidé d'être très gentille avec mes pieds !
Retour sur ma crème baumée et propositions de quelques variantes
J'avoue qu'en l'état, elle se suffit largement. Mais si l'on veut pousser d'avantage le côté hydratant-réparateur, puisque c'est une crème destinée aux pieds qui sont facilement malmenés, j'y rajouterais quelques ingrédients ciblés.
Tout d'abord, j'incorporerai de la lanoline (vraie ou substitut) et comme elle a aussi un côté émulsifiant, je retirerai 2% de cire d'abeille et 1% de kokum que je remplacerai donc par 3% de lanoline.
Dans les actifs indispensables au maintient de l'hydratation, je rajouterais du
D-Panthenol à concurrence de 2-3% et du sodium lactate à 2%. En contrepartie, on retire 3% de phycocolloïde et les 2% d'HA.
Huiles et beurres
-5,5 HV son de riz
-5,5 HV olive
-5,5 HV coco fractionné
-4 beurre de kokum
-3 lanoline
-2 IPP
-1,5 beurre de cacao
Cires
-5,5 cire d'abeille jaune
-1,5 VE
Eaux
-53% phycocolloïde (version fluide)
Ajouts
-3% D-panthénol
-2% sodium lactate
-2 protéines de la mer
-0,5 cosgard
-0,1 mini pointe de gomme konjac dans glycérine
-1 pointe de spiruline
-0,5 % Parfum
Vous allez dire que je radote, mais là je suis vraiment accro aux algues ! ça doit être la cure de spiruline que j'ai également entamée en interne, mais je suis littérallement conquise. J'ai donc poursuivi mes essais. Avec tout autant de bonheur. Je vous le dis :
| Le bonheur est dans les algues ! |




