A l'instar de Marcel Proust, toujours à la recherche du temps perdu, je poursuis ma quête de simplicité cosmétique. Et après avoir revisité la formule du baume (promis les proportions vous seront données début septembre), j'ai choisi de réinterpréter un autre classique de la cosmétique naturelle à la portée de tous : la célèbre cold-cream.
J'avais déjà expérimenté une nouvelle formule de cold cream ici (cérat panacea). Je constate d'ailleurs que c'est toujours dans mon refuge des Pouilles que naissent mes désirs de retour aux choses simples.
J'ai créé deux formules basées sur la recette de base du cold-cream, que je remets ci-dessous pour information, l'une destinée aux peaux normales et mixtes et au visage (si, si j'ai bien dit une cold-cream pour le visage) et l'autre qui ravira les peaux assoiffées et mâtures, réalisée à la demande de Lina et que je vous présenterai très prochainement.
J'ai élaboré la première, que j'ai rebaptisée "crème fraîche", pour moi et donc en me basant sur les caractéristiques de ma peau : mixte sur le visage et normale avec quelques zones plus sèches pour le corps.
Recette du cold-cream d'après la monographie de la pharmacopée européenne
-16 épaississant (cétyl palmitate ou alcool cétylique)
-8 cire d'abeille
-55 HV d'amandes
-16,50 eau de rose
-4 teinture de benjoin
-0,5 borax
Cette petite crème sans prétention, mais ô combien agréable et efficace, est un modèle de crème pour débutante en cosmétique naturelle. D'une certaine manière, je suis revenue plusieurs années en arrière lorsque je disposais d'un matériel limité et de très peu d'ingrédients. A une différence près quand même, l'expérience qui me permet avec ce même "peu" qu'à mes débuts de réussir un vrai soin cosmétique dont la texture n'a rien à envier aux crèmes du commerce ou à des formulations maison plus "expertes".
Côté matériel, comme pour la réalisation du baume fluide, deux bols en pyrex, un mini verre doseur gradué en mls de 5 à 20 ml maxi, une casserole et une cuillère magique suffisent amplement. Toujours pas de balance, ni même de thermomètre.
Côté ingrédients, un émulsifiant (parmi les quelques ingrédients réchappés des cartons), celui de mes débuts d'ailleurs, un épaississant (un autre rescapé !), la cire d'abeille, l'huile d'olive (l'huile d'argan a fini dans le baume fluide), du beurre nilotica (qui fond comme un gelato au soleil des Pouilles), du savon maison râpé finement (ça j'en ai à revendre !)et de l'eau de source, illimitée.
L'idée de départ était de faire simple (oui, oui je sais je radote !), surtout en l'absence de balance, et de me rapprocher le plus possible de la formule du cold-cream. Sauf que dans le cold-cream, on a une proportion d'environ 70% gras / 30% eau (cela dépend des formules, pour ma part j'ai réussi à repousser les limites jusqu'à 50-50) ce qui en fait un soin beaucoup trop riche pour ma peau, en particulier par temps chaud.
D'où l'idée d'introduire un émulsifiant "classique" afin de pouvoir modifier voire inverser les proportions sans risque de déphasage. Le terme de proportions est d'ailleurs un peu galvaudé, dans la mesure où les mesures justement ont été faites, comme pour le baume fluide, au moyen d'un verre doseur et passablement "à la louche". Il est clair qu'il me faudra, une fois retrouvée ma balance, peser chaque volume de tel ou tel ingrédient, pour le traduire en poids puis en pourcentages.
L'émulsifiant utilisé ici est un ester de sucre, le cétéaryl glucoside, connu également sous le nom de végétal (Bilby ou Aromantic) ou CG90. L'INCI du mien est exclusivement cétéaryl glucoside, sans ajout de cétéaryl alcohol comme on le trouve chez certains fabricants.
La très grande qualité des esters de sucre, et en particulier du CG, est leur grande compatibilité avec la peau, en particulier les peaux les plus sensibles, à laquelle ils apportent douceur, émolience et même fraîcheur tout au long de la journée. Sans avoir un effet mâtifiant, les émulsions réalisées avec le CG sont très adaptées aux peaux mixtes. J'ai constaté à mes débuts de tambouilleuse maison où le CG était mon unique émulsifiant, que l'utilisation régulière et prolongée d'émulsions en contenant avaient un effet régulateur sur la production de sébum, les déquamations ou même les petites poussées d'acné (non juvénile).
C'est donc toujours avec un grand bonheur que je reviens à mes premières amours. D'ailleurs, en parlant d'amour, vous ai-je dit à quel point j'étais en amour pour la cire d'abeille ? Voui, je crois que j'ai déjà dû vous le dire, mais là avec la chaleur qui ramollit mon pôvre cerveau je crois que je radôte de plus en plus !
| cire d'abeille |
-Heu... Lolita, pourquoi au sucre ?
-Ben alors z'avez pas suivi mes explications ? le cétéaryl glucoside est un ester de SUCRE !!! Pfff !
Bon allez ! assez tourné autour du chaudron, je vous livre la formule, en ml et de manière très approximative sauf pour les liquides
Recette pour 100 ml mesurés à la louche
Huiles
-20 HV olive (maison)
-5 cire d'abeille jaune en pastilles (Velan)
-3,75 alcool cétéarylique (Bilby)
-1,25 CG 90 (Copaïba)
-1 mini cc beurre nilotica (Zinette)
Eau
-65 eau de source très peu minéralisée
-5 savon râpé maison
Quelques gouttes d'huile essentielle d'Ylang-Ylang de Mayotte
L'introduction de savon dans la formule est liée à l'utilisation de cire d'abeille ( et non à une volonté d'ajouter du glissant comme dans les émulsions à l'olivem ) ; en effet dans les formules traditionnelles de cold-cream, la cire d'abeille est couplée au borax afin notamment d'aider à la stabilisation de l'émulsion, la cire d'abeille n'étant pas - je le répète - un émulsifiant. Ne souhaitant pas utiliser de borax, j'ai pris l'habitude de le remplacer par du savon, qui donne du coup de très belles cold-cream dans lesquelles il permet de "pousser" la proportion d'eau jusqu'à 50%. J'en avais déjà parlé ici (cérat panacea).
La "fabrication" est aussi simple que la formule et ne nécessite pas d'utiliser un mixer, la cuillère magique suffit largement.
Pazapa
Avant de commencer, je rappelle les mesures d'hygiène toujours indispensables, mais rendues d'autant plus incontournables ici puisqu'aucun conservateur n'a été rajouté (perdu dans les cartons...).
Plan de travail, ustensiles et mains ultra propres et passés à l'alcool. Stériliser tous les ustensiles pouvant l'être ( bols, béchers, pots, etc).
1. Dissoudre le savon dans l'eau bouillante en mélangeant au bain-marie, puis réserver
2. Chauffer au bain-marie toute la phase huileuse dans un bol en pyrex à l'exception du nilotica ; quand tout est fondu, laisser encore quelques minutes sur le feu ( le CG a besoin d'être émulsionné à température élevée et sans thermomètre il vaut mieux laisser le temps de bien chauffer )
3. Incorporer le nilotica une fois le bol retiré du feu
4. Hors du feu, introduire en mince filet l'eau savonneuse en mélangeant à la cuillère magique sans discontinuer ; continuer de mélanger plusieurs minutes hors du feu puis remettre un peu au BM et mélanger à chaud jusqu'à quasi disparition de la mousse (on voit à la superficie de l'émulsion, à ce stade encore fluide, une mousse comme sur du lait qu'on fait chauffer)
5. Retirer du feu et mettre immédiatement dans un BM très froid tout en mélangeant encore ; changer l'eau plusieurs fois si nécessaire
6. Placer le bol au réfrigérateur une dizaine de minutes ; le ressortir et mélanger. Renouveler l'opération. On obtient une belle crème à la texture onctueuse
7. Parfumer et verser dans un pot stérilisé à conserver au frigo.
En l'absence de conservateur, il est recommandé de stocker l'émulsion dans des pots de petite contenance plutôt qu'un seul grand pot - moins d'ouvertures et autres manipulations répétées et donc de possibilités de contamination - d'utiliser une spatule désinfectée à l'alcool avant chaque utilisation et de conserver sa crème fraîche au frais si les températures sont un peu élevées. En plus votre peau vous remerciera, car ça rend le soin encore plus agréable à l'application.
| le petit pot bleu |
Pour en revenir à ma crème fraîche, au final on obtient une émulsion très fine, couleur crème fraîche (ça tombe bien), glissant parfaitement sur la peau et vite absorbée sans laisser de trace blanche. Elle laisse en revanche un léger voile parfumé et velouté, comme c'est en général le cas avec les émulsions aux esters de sucre, sans effet gras.
Et, cerise sur le gâteau, elle convient aussi bien au visage qu'au corps. Pas belle la vie ?
Et pour les pieds ou si on a la peau très sèche, il suffit de s'oindre d'abord d'une fine couche de baume fluide en massant bien ; puis de s'oindre à nouveau ( Hi ! Hi ! j'adore ce verbe totalement désuet ) avec la crème fraîche au sucre et le tour est joué : vous pouvez ressortir vos tongues et aller frimer à Saint-Trop avec vos jolis petons de jeune première. Bon, moi j'irai faire la belle sur la plage de Savellettri, j'y croiserai peut-être Franchette et le beau commissaire Gio ;)
Voilà donc encore un soin simple et minimaliste à l'italienne ! La version "riche" n'a d'ailleurs rien à lui envier.
Finalement, je vais peut-être jeter tous mes cartons de cosmétique sans même les ouvrir puisqu'on peut quasiment tout faire avec trois fois rien !







