samedi 6 août 2011

Eloge du vide

Eloge du vide


Déménagement : le Larousse en donne cette définition "transporter des meubles d'un logement que l'on quitte dans un autre où on s'installe"

Un déménagement, c'est aussi vider un lieu d'habitation de l'ensemble de ses meubles et autres objets pour les transporter dans un nouvel endroit d'habitation.

Un déménagement, c'est souvent l'occasion de trier, donner, jeter tous ces petits riens qu'on avait fini par ne même plus remarquer tant ils étaient devenus inutiles.

Un déménagement, ça permet de mettre un peu d'ordre dans ses affaires et parfois dans sa vie aussi.

J'ai été amenée à faire plusieurs déménagements avant celui-ci. Malgré le surcroît de travail occasionné, ce fut toujours une joie pour moi. Il s'agissait toujours de déménagements voulus et choisis. Comme celui-ci d'ailleurs.

Et pourtant j'ai vécu ce dernier déménagement comme une épreuve traumatisante. Et l'ami Murphy n'est certainement pas le seul responsable de mon mal-être.
Ces dernières semaines ont été l'occasion d'une profonde remise en cause, essaimée de questionnements sur le sens de la vie en général et de la mienne en particulier. Sur ma place et mon rôle dans une société dont le seul credo semble être de sur-consommer.

Le déménagement s'est ainsi révélé le facteur déclenchant d'une douloureuse prise de conscience.

Je me suis sentie et me sens encore submergée par un sentiment de trop plein jusqu'à l'écoeurement, jusqu'à la nausée. Au sens propre.

Une bibliothèque débordant de livres jamais lus ou oubliés depuis la nuit des temps. Des placards regorgeants de sacs, chaussures, vêtements attendant d'être portés depuis... Depuis combien de temps,  au fait ? 

Sans oublier les rangements à cosmétiques emplis de fioles d'huiles essentielles, de nouveaux émulsifiants tous plus efficaces les uns que les autres, en attendre d'être testés, de principes actifs aux vertus miraculeuses qui attendent, eux aussi ... qu'un jour... peut-être... leur tour viendra... ou pas. 

Et que dire des kilos de savons et d'onguents en tous genres offerts par tant d'amies talentueuses et généreuses, mais qu'une vie entière de douches et crémages ne suffirait pas à épuiser.

Et ainsi de suite dans tant d'autres domaines.

Un déménagement, c'est l'occasion inespérée de se confronter à sa propre vérité, aussi dérangeante soit-elle.  Puis-je continuer ainsi à sur-consommer ? Ai-je besoin de remplir autant ma vie d'objets de consommation et de désirs pour trouver le bonheur ? Et consommer m'apporte-il vraiment le bonheur ?

Quel est le sens de toutes ces accumulations inutiles ?

En ce qui me concerne, ouvrir et oser enfin regarder vraiment le contenu de mes placards m'a donné une crise de foie carabinée, de celles qu'on attrapait enfin au moment des fêtes de Noël et qui vous secouent pour un bout de temps. La nausée me suit partout à la trace et aucune infusion de camomille ne parvient à la calmer. Seul le vide m'apporte soulagement et apaisement.

Je rêve de vivre dans un minuscule appartement lumineux et reposant,

Je rêve d'un endroit habité de quelques beaux objets  - deux ou trois, pas plus - aussi agréables à l'oeil qu'utiles. 

Je rêve d'un canapé moelleux dans un grand salon vide.

Je rêve de me déposséder de tous ces petits riens inutiles qui encombrent mon appartement, ma vie, mon esprit.

Je rêve que mon aménagement à Rome soit l'occasion d'un nouveau départ. Plus léger, plus conforme à mes aspirations, à mon moi profond.

Dans cette quête, j'ai emporté un compagnon de route, un ouvrage réchappé du grand ménage fait dans ma bibliothèque : "L'art de la simplicité" de Dominique Loreau. Il me semble que Kat en avait parlé sur son blog il y déjà quelque temps. C'est un livre remarquable, inspiré de l'esthétisme et de la culture Zen japonais où la simplicité et la frugalité sont érigées en art de vivre.


Parmi les citations de DL qui m'ont inspirée :

"notre société est pauvre de croire qu'être heureux, c'est posséder"
"vivre avec moins, mais avec plus de fluidité, de liberté, de légereté"
"sans vide pas de beauté"


Vaste défi ! 
D'autant plus difficile à mener à bien que Rome n'est pas la meilleure illustration du VIDE. Ici au contraire, tout déborde de couleurs, de formes, de bruits, de magasins de luxe, de touristes, de romains aussi... tout est riche et luxuriant. La tentation est tapie à chaque coin de rue. 

Mais après tout, quel meilleur faire-valoir pour le VIDE et la SIMPLICITE que ce débordement romain de luxe et de luxure ?

15 commentaires:

  1. Nonne zen… c'est ce que je te disais…

    J'ai à peu près les memes interrogations que toi à propos des ingrédients cosmétiques. Le souci c'est que dès qu'on popotte, il manque toujours quelque chose… Et je n'ai pas toujours trouvé à résoudre à 100% la façon de conjuguer le plaisir de bricoler (j'adore ça) et la quète du dépouillement . (un vrai rêve occidental… )

    c'est aussi pour cette raison que j'aime tant improviser avec ce que j'ai sous la main pendant les vacances.

    bons rangements ma belle.

    Dominique Loreau est inspirante… mais passer sa vie à faire des listes pour éliminer le superflu relève aussi d'une addiction!

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  2. Lolitarose, j'ai ressenti la même chose que toi après mon déménagement.

    Au fur et à mesure que je digère mon traumatisme, mon appartement se remplit mais de façon beaucoup plus raisonnable qu'avant.

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  3. Je viens de dévorer ce sublime ouvrage tellement vrai et enrichissant.
    Elle conseille de déposer des morceaux de savons dans ses pochons de lainages ;)

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  4. les savons dans les lainages éloignent les mites: ça ne marche pas trop al, je le fais

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  5. je le lis et le relis!! c'est ma bible depuis quelques mois....Il va même me faire passer ma peur pathologique du déménagement.....Y a du changement dans l'air...rien que de lire on se sent déjà plus léger, pas d'attachement aux choses, que du beau, du simple et du vide!!!!je t'envie je t'envie d'avoir cette sublime occasion de le mettre en pratique!

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  6. Ma Loli
    Cela ressemble fort à "l'angoisse du gardien de but au moment du pénalty" je trouve
    Je ne lis plus ce genre de livres
    j'ai la "présomption" de croire que vivre c'est un art de vivre dont nous possédons les clés
    Juste essayer de ne pas céder aux "divertissements" ce qui te détourne de toi
    Et je pense que tout ce chahut, tu vas le déposer et fouiller dedans et y trouver ce que tu cherches , ce que tu as perdu aussi peut être
    Ce n'est plus un gros "B....l" mais des pans de ta vie, que tu as cru belle , et qui devais certainement l'être et qui l'est
    Positive attitude
    Je t'embrasse bien fort et repos ma Loli et promis je ne fais plus ma philosophe à deux balles

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  7. @ venezia, je n'en suis pas encore à la nonnification ... c'est un peu trop éloigné de ma personnalité quand même ! Mais c'est certain que j'ai grand désir (et besoin) de m'alléger et la cosméto n'y coupera pas ! Quant aux listes, je suis d'accord avec toi, la vie ne peut pas se résumer à des listes ! c'est vraiment sa quête de simplicité et de "moins de quantité pour plus de qualité" qui m'inspire le plus.

    @Colchique, je suis contente de partager cette expérience avec une autre "déménageuse". Pour ma part j'ai tant à vider encore que j'espère bien que je ne me remettrai pas à remplir mon nouvel appartement. D'autant que je vais remettre ça dans quatre ans et là ce sera forcément pour récupérer un logement beaucoup plus petit que mon appart romain.

    @Anonyme, le savon est très utile contre les bestioles, contre l'humidité et également pour parfumer le linge. Comme j'en ai à revendre, il sera parfaitement utilisé dasn mes nouvelles armoires.

    @ZsaZsa, serais-tu en train de préparer un déménagement ? quant à m'envier, je dirais peut-être ça dans quelques mois mais pour l'instant c'est plutôt "dur, dur" !

    @mlk, j'apprécie fort ta "positive attitude" très sage philosophe ! mais je t'assure qu'il s'agit véritablement d'un gros "B***el" et non de pans de ma vie que j'ai cru belle. Ce serait trop long d'en discuter ici, mais le ferment du traumatisme d'aujourd'hui existait bel et bien dans ma vie d'avant, où mes occupations professionnelles et une certaine routine me permettaient de jouer l'autruche pour ne pas regarder (je dis bien regarder et non pas voir car je n'ai jamais été aveugle) la vérité en face et la prendre à bras le corps. Ce départ m'a en quelque sorte obligée à regarder le reflet restitué par le miroir. Et l'absence totale de placards et rangements dans ce nouvel appartement ne permet plus de "cacher" la réalité.
    Mais rassure-toi, c'est un bien pour mal et lorsque je rentrerai à Rome bien reposée et pleine d'énergie, tout cela me paraîtra d'une simplicité enfantine.
    Bises à toi chère "philosophe à 2 balles".

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  8. Un déménagement est très haut sur l'échelle du stress ... il est assimilé à une forme de deuil.

    Et puis il y a des étapes dans la vie plus importantes que d'autres, dès qui font qu'il y un "avant" et un "après".

    Je sais que tôt ou tard, je vais devoir déménager, je sais le traumatisme que cela va être pour moi et même si je l'ai anticipé et pense avoir pu tant soit peu l'apprivoiser, le vivre sera un déchirement. Parce que c'est les souvenirs liés à ce que j'ai vécu dans ma maison que je vais abandonner. Ce qui est idiot, n'est-ce-pas, puisque ces souvenirs sont dans mon cœur...


    Parfois, il fut savoir "faire la salade" et laisser déferler sur nous sans broncher une avalanche de pensées, sentiments : le tri se fera tranquillement.

    J'ai la chance de vivre en paix avec moi même, en accord avec moi même en pleine conscience mais mon expérience de l'aide au deuil m'a certainement apporté beaucoup.

    Mes tête à tête en solitaire avec ma peinture m'ont toujours apporté ce vide de tout, si plein de seulement la toile qui prenait vie... Je vis dans une maison invraisemblablement pleine, très pleine, trop pleine mais ce qui me paraît important, c'est de pouvoir faire le vide quand c'est nécessaire. Et je souffrirai de ce dont je me séparerai.

    Le vide est très important mais on peut le faire instantanément si on le désire.

    Ce que je te souhaite, de tout mon cœur , c'est de vivre selon ce dont tu as besoin, en accord avec toi même, lucidement et pleinement.

    Continue à faire la salade, à prendre la pluie, le soleil, avec la même tranquillité. Toutes les solutions, toutes les décisions se feront jour dans la paix. Et le courage de faire "cette chose que toi seule peut faire" te sera donné.

    Avec toute mon affection ma Lolita San.

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  9. Ce n'est jamais anodin de désirer un changement.

    Si minime soit-il, cela peut être une lame de fond spectaculaire dont il faut à mon avis aussi se méfier.
    On peut ainsi avoir envie de jeter quelqu'un avec l'eau de son bain.

    Les motivations du changement sont souvent bien plus profondes qu'il n'y parait même si cela commence par un changement de boulot ^_°

    Madame Loreau doit vivre seule.
    Et son meilleur bouquin à mon avis est le dernier:
    "99 objets nécessaires et suffisants". Les autres m'ont déplu car excessivement désincarnés.

    Enfin elle y donne de vrais objets, des photos d'objets simples et efficaces mais j'aurais aimé qu'elle y glisse le nom de son fournisseur de slacks noirs (les pantalons bien coupés n'existent plus en confection ^_^ alors j'en ai trop dans mes placards).

    Mais à côté de cela je revendique personnellement le droit de vivre un peu dans le B..el vivant avec des êtres vivants.

    J'ai toujours trouvé très gai paradoxalement de vider les maisons de personnes décédées.
    C'est moins triste que de n'avoir rien à vider.

    Bonne route ma Lolita et pas trop de vide hein?
    Je te serre dans mes bras aux senteurs de gingembre anti-nauséeux.

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  10. Lolita bella, je pense à toi souvent,pour avoir beaucoup déménagé dans ma vie.
    J'ai conservé plus que l'essentiel mais j'ai beaucoup abandonné aussi.
    Toi, tu sembles carrément vouloir passer de l'autre côté du miroir, à la découverte d'un monde où tout serait à créer, différemment.

    Minimalistes, tes motivations t’honorent. Mais l'important c'est de savoir faire la différence entre l'indispensable et le reste et surtout d'accepter ce qu'on vient de comprendre de soi.
    Pas simple, hein ?

    Bises pleines de la certitude que tu vas magnifiquement y arriver.
    (philosophe à balles aussi et sincère ^_^)

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  11. oups, à deux balles !

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  12. Tu ne t'es pas trompée, j'avais bien fait un article sur ce livre.
    C'était le 1er livre en français fait sur ce sujet, il date de 2005, depuis il y en a eu d'autres.
    C'est un livre très inspirant que l'on peut adapter à sa situation, et surtout qui met le doigt sur ce qui est important et auquel on ne pense pas toujours. Il permet de se recentrer sur l'essentiel et de se rendre compte, que parfois, on fait son malheur tout seul.
    Quand on passe d'une grand appart à un petit, ce qui m'est arrivé il y bientôt 5 ans, on est "obligée" de faire du tri, donner, jeter ce qui est irrécupérable et pour ma part, j'ai passé un bon moment ! C'est une grande joie de donner autour de soi et de permettre aux objets d'avoir une seconde vie. Mais surtout je me suis aperçue que l'on peut partir sans rien ou presque, là où l'on pose ses valises, on peut tout recommencer.
    Et au fait, moi aussi, j'ai réfléchi sur la cosméto maison et, depuis quelques mois, je commande très peu de nouveaux ingrédients en cosmétique car je me suis aperçue que la surenchère n'est pas la solution : je fais avec ce que j'ai.(et accessoirement, ma CB m'a dit merci !) Cela fait du bien de savoir que d'autres, comme toi, font le même chemin.
    Bises, Loli, et bonnes vacances !

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  13. Ouh la la ! Quand je lis le sens des réactions provoquées par mon "eloGe du vide", je ne suis pas certaine d'avoir été totalement comprise.
    Entendons nous bien, mon problème n'est pas du tout d'ordre métaphysique ou stratosphérique ! Je n'ai aucun problème avec l'aide du changement ou du déménagement, mon problème est au contraire on ne peut plus concret et matériel. Trop d'objets encombrants et inutiles pour lesquels je n'ai d'ailleurs aucun attachement particulier ( zoom ayant été pris d'une frénésie d'achats compulsifs durant les deux dernières années), il y en a même dont j'ignorais l'existence, c'est dire ! Non, la difficulté a été de devoir gérer seule et dans un temps excessivement court le tri qui d'ailleurs n'a même pas pu aboutir, car de nombreux objets mériteraient d'être simplement revendus dans les galeries ou ils ont été acquis sur un coup de Tete.
    Bref, tant qu'on reste sur du matériel, ce sera gerbage une fois derrière moi l'énorme fatigue physique que tout cela a engendré.
    Quant a mon envie de "vide et de minimalisme", cela ressemble a tout sauf a une envie de vivre dans un appartement nu et désincarné ! C'est un besoin de recentrer ma vie matérielle sur l'essentiel. Comme le dit DL dans son ouvrage "moins, mais mieux".
    Si son livre ne fait pas que des émules, je lui trouve pour ma part une indéniable qualité c'est qu'il permet autant d'avis, d'interprétations qu'il y a de lecteurs et du coup des discussions et débats très riches et constructifs.

    @ Chabou, je rejoins tout a fait ton raisonnement, l'indispensable, l'essentiel voila ce qu'il faut privilégier et ce que ce déménagement m'aura permis de mieux comprendre, du moins je l'espère.

    Je vous fais de grosses bises ensoleillées a toutes

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  14. J'ai pratiqué le minimalisme par choix lorsque j'ai immigrée avec une moitié de vie de souvenirs et 10 cantines. J'avais décidée de vivre avec le strict minimum pdt un an, histoire de trouver mes nouvelles marques.
    Mes cantines me servaient de meubles, fauteuils, tables... et pour déco mes deux tableaux préférés que j'avais emportés avec moi dans l'avion.
    Ma pauvre Lolitarose, si tu pouvais voir le "B....l" ambiant qui s'est développé au fil des années.
    Maintenant... Je vide tranquillement en pensant à un déménagement à terme.
    J'en suis arrivée au "utilise ce que tu as" qui n'est pas aussi évident que cela.
    Je te souhaite un repos réparateur et j'espère que ton retour citadin se fera en douceur, bises.

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  15. Loulou, j'ai bien conscience qu'il est très difficile voire impossible de vivre sans accumuler un minimum de B... La vie est ainsi faite et c'est tant mieux. L'important à mon sens est de ne pas se laisser envahir, déborder au point qu'on ne parvient plus a respirer (au sens propre tant l'espace vital vient a manquer ).
    Allez promis, je reviens vous parler de mon joyeux B... Dans 4 ans quand il me faudra a nouveau déménager !
    Bises ma Loulou

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